Articles

Contra A Copa: The Other Side of Brazil’s World Cup (Part 3)

October 9, 2019


L’hélicoptère survole la manifestation
avec une caméra, et on peut la suivre en temps réel. La Coupe du monde n’aura pas lieu ! [CONTRA A COPA
PARTIE 3 SUR 4] Afin d’accueillir la Coupe du monde,
la FIFA a demandé au Brésil de grands changements en termes de sécurité et d’infrastructures. Dans les rues de Rio, ça s’est traduit par
une guerre contre les trafiquants de drogue. En réalité, les faits montrent que c’était plutôt
une guerre contre les populations révoltées des favelas. Mais les habitants ont contre-attaqué,
des policiers ont été tués et un de leurs hélicoptères a été détruit. Dans le nord de Rio,
à 4 km du stade du Mondial, 8 000 familles ont occupé
un bâtiment de télécom abandonné. En avril dernier, quand l’heure était venue de les virer
pour laisser place au foot, les rues se sont embrasées. “La Coupe du monde n’aura pas lieu” est devenu
le cri de ralliement de tout le pays, et particulièrement celui des favelas. La Coupe du monde n’aura pas lieu ! La Coupe du monde n’aura pas lieu ! Chaque exécution de la police a fait monter l’hostilité envers le gouvernement
et ses projets pour les riches. Vous avez tué un innocent ! Vous avez tué un innocent ! Il semblerait que la seule réponse
du gouvernement à cette colère populaire soit d’accroître l’utilisation de la force. [RIO DE JANEIRO, BRÉSIL]
On est allés dans un bidonville un peu excentré,
la favela Rocinha, l’un des plus grands de Rio, pour voir ce qui a changé depuis la prise de contrôle
de la police il y a 2 ans et demi. [TIM POOL, VICE NEWS]
Pacifiée en novembre 2011, Rocinha
est aujourd’hui sous surveillance policière 24h/24. Je m’appelle Weelf,
je suis rappeur. [WEELF, HABITANT DE ROCINHA]
Un pur produit de la favela Rocinha,
la plus grande d’Amérique latine. On est à l’entrée de la 2e rue. Je vais vous faire visiter la paisible communauté dans laquelle on vit et vous montrer les conséquences du projet de l’État. Ils ont créé un vrai camp de concentration
et nous maintiennent sous surveillance policière. J’ai parcouru une bonne partie
de la favela Rocinha. On m’a expliqué ce qui se passe depuis la pacification
et on a rencontré un jeune qui veut rester anonyme. Il fait partie d’un gang
et il va nous raconter ce qui se passe. Comment toi et les gens des favelas
voient la Coupe du monde ? Je pense que c’est bien
qu’elle ait lieu au Brésil, mais ce Mondial est pour les riches,
les pauvres ne pourront pas y aller. C’est pour ça que les gens
ne sont pas très enthousiastes. On voit pas de fresques sur les murs, on voit plus de petits drapeaux comme avant. Le Brésil est un très beau pays
pour faire des photos, mais les gens ont besoin
de nourriture et de soins… L’autre jour, à la télé, j’ai vu
une femme qui accouchait au milieu de la rue. Son bébé est venu au monde sur le sol. C’est inconcevable que de telles choses surviennent dans
un pays assez important pour accueillir la Coupe du Monde. Au lieu d’être investi dans l’eau ou la santé,
l’argent qui part dans les favelas ne sert qu’à installer
des caméras pour contrôler la population et s’assurer du bon ordre. Ça fait quoi de voir fleurir les caméras ? Les gens ont des avis
très différents là-dessus. Certains s’en foutent complètement, et d’autres le vivent comme
une intrusion dans leur vie privée. Si l’UPP [Unité de Police Pacificatrice]
utilisait de bonnes méthodes, ça pourrait servir à quelque chose. Mais si c’est pour qu’ils aient
des preuves d’incivilité, comme ça m’est arrivé 2 fois… Si je veux des images pour prouver que la police a mal agi avec moi, ils ne les fourniront pas. Par exemple, celle-ci… Beaucoup de gens n’aiment pas être surveillés. Par exemple, celle-ci est cassée. Regarde. On s’est demandé qui était
à l’origine de cette surveillance. Alors, avec Matias,
on a essayé de les débusquer. [MATIAS MAXX, ACTIVISTE/RÉALISATEUR] On va au CICC,
le Centre intégré de commande et de contrôle. En fait, c’est là qu’ils ont toutes les caméras,
les écrans et tout. Et toutes les agences sont là.
La police militaire, la police civile, la police fédérale. J’espère que ça va m’impressionner. Enfin, non, parce que
si je suis impressionné, ça veut dire qu’ils nous surveillent vraiment.
Ce serait la merde. Je comprends pas ce qu’elle raconte. Putain, mais tu veux que j’aille où ? Plein le cul de ce GPS. Parcourir Rio en voiture avec Matias,
c’est toujours une aventure. Quand on se perd pas,
on tombe en panne d’essence, ou les 2. Ah, putain. Plus d’essence ? Ouais. J’espère juste pas tomber en panne d’essence
dans le parking de cette merde. La prochaine étape de notre parcours,
le Centre de commande, est un bâtiment récent de surveillance construit
pour la Coupe du monde. Il a coûté environ 50 millions de dollars
au gouvernement, et c’est le cœur du système
de surveillance de la ville. Très peu de Cariocas connaissent
l’existence de ce bâtiment. C’est si nouveau que, pour accéder au parking,
il faut grimper sur des trottoirs. Qu’est-ce qui se passe, Matias? Ils ont dit de passer sur le trottoir pour rentrer dans le parking. On n’est pas censés faire ça, mais
c’est le gouvernement, donc… Putain, j’espère que
la voiture n’a rien pris. Le Centre de commande fait partie
d’un grand projet de surveillance des données. Il est dirigé par des officiers
de la police militaire. Première étape,
la salle du serveur. C’est le cœur du centre. Tous les serveurs et le matériel [COL. CARLOS ALFRADIQUE, POLICE MILITAIRE DE RIO]
se trouvent ici. On a une capacité de stockage
de 98 terabytes. À ce que je sais. Et on est en train d’ajouter
130 terabytes de plus dans une autre pièce qui va être ouverte
au gouvernement fédéral. Le centre a été construit pour
la Coupe du monde et les J.O. de 2016, mais c’est aussi un nouvel outil du gouvernement pour
surveiller les favelas les plus difficiles qui entourent le stade. Les caméras de l’UPP, elles sont aussi reliées ? Oui, elles diffusent toutes ici. Ici, on peut voir une caméra
qui filme le Complexo do Alemao. On voit ce que voit chaque caméra. Si un touriste qui vient pour le Mondial appelle le numéro d’urgence, les données de sa requête
seront transférées à la police ou aux représentants de chaque agence afin qu’on puisse faire
le nécessaire pour l’aider. On a les images des caméras
des hélicoptères. Lors des manifestations,
par exemple, l’hélicoptère a une caméra au-dessus
de la manifestation et on peut la suivre d’ici en temps réel. Combien de ces écrans vont diffuser
les matchs du Brésil ? Ici ? Aucun. Même pas un ? J’y crois pas. Personne regardera le foot ? Faudra suivre à la radio. Le centre fait partie d’un projet visant
à garder un œil sur les manifestations. Une large frange de la population
s’est opposée à un nouveau projet de loi antiterroriste du gouvernement brésilien
qui aurait rendu toute manifestation illégale. Cette loi prévoyait des peines de 15 à 30 ans
pour incitation au désordre public. La Coupe du monde n’aura pas lieu ! Comme beaucoup de ses voisins latino-américains,
le Brésil n’a pas de lois antiterroristes en raison d’abus terribles
pendant la dictature militaire qui a pris fin il y a 20 ans. Les Brésiliens refusent de laisser
les militaires reprendre le contrôle du pays. Désormais, de plus en plus de citoyens
expriment leur colère dans la rue. Police terroriste ! Ils se sont mis à chanter,
“Silence dans la favela ! Silence dans la favela !” [À SUIVRE DANS LA PARTIE 4] Il y a vraiment des gens riches qui disent,
“les pauvres, fermez-la” ? – Ouais.
– C’est dingue. La FIFA va tomber ! La FIFA va tomber ! La FIFA va tomber ! La FIFA va tomber !

No Comments

Leave a Reply